Tiroir de Lou 


2013

Lancement 

BE

Bruxelles

5

Passionnés






Le tiroir de Lou regorge de merveilles, toutes plus belles les unes que les autres. Toutes les créations son réalisées de ses mains, dans son atelier situé à Bruxelles. Avant de devenir créatrice de bijoux, Lou était journaliste. Parce qu’elle aime relayer l’information. « Mais ce que j'aime par-dessus tout, c'est assembler les mots comme des perles sur un fil, prendre du recul et me dire que c'est joli. Ou drôle. Ou percutant. Quand je pense que, quelques jours plus tard, ils se retrouvent dans les mains de milliers de lecteurs, et que grâce à la combinaison qui fait mouche, je leur arrache un rictus, je frissonne. C'est un peu la même chose avec les bijoux… ».





Stéphanie, raconte-nous ton parcours ? 

Je m’appelle Stéphanie, j’ai 31 ans et je suis la créatrice des bijoux Tiroir de Lou. Je viens de Nivelles en Belgique et je vis à Bruxelles, à 5 minutes à pied de mon atelier. J’ai étudié le journalisme pendant 5 ans à l’Université Catholique de Louvain. J’ai choisi le journalisme parce que j’avais des petits fantasmes d’aventure et surtout, je n’avais pas envie d’un job derrière un bureau. Après mes études, j’ai travaillé pendant 7 ans dans le journalisme chez Flair. En partie dans la presse féminine (bien-être, sport et minceur) et en partie dans la presse pour enfants. C’était donc une presse spécialisée qui permettait un langage quelque peu fantaisiste. J’ai découvert le plaisir de la composition à travers les mots. Ce qui me portait, c’était d’écrire de jolis mots et de les assembler tout en ayant la volonté de sensibiliser et de faire comprendre. Au début de ma carrière, j’étais la petite jeune de l’équipe à qui on donnait les reportages que personne ne voulait faire (rires). J’ai fait beaucoup de tests, notamment promener les chiens de dames riches ou encore tester des parcours de conduite. J’étais sur le terrain. Ensuite, grâce à mon métier dans la presse féminine, j’ai eu la chance de rencontrer des créateurs et tout l’univers qui gravite autour. Je me souviens notamment de ma rencontre avec Oliver Strelli. J’ai rencontré sa créatrice de bijoux qui m’a beaucoup inspirée. En entrant dans cet univers, j’ai aussi réalisé qu’il y avait autre chose que Zara ou les petits créateurs de marché. A ce moment, en entrant dans cet univers, j’ai senti des vibrations. Je me suis dit: "ok ici on FAIT vraiment quelque chose ».  J’ai finalement été freelance pendant 5 ans, puis employée à temps plein avant de tout arrêter et de me consacrer à Tiroir de Lou à 100%.

Comment est né Tiroir de Lou ? 

J’ai toujours beaucoup aimé le bricolage, c’était ma façon de m’évader. J’aime les petites choses, la petitesse du produit et la magie du bijou. J’aime aussi beaucoup l’attachement qu’il y a au bijou. Un bijou est souvent associé à un événement important de la vie: un je t’aime, une demande en mariage, un bravo...  

Au début du Tiroir de Lou, je ne faisais que des ventes privées. J’allais dans des magasins spécialisés pour les filles comme moi qui aiment faire leurs propres bijoux et je composais pour mes copines. Je faisais tout ça en parallèle de mon métier. J’avais envie de quelque chose de plus « pro » et c’est là qu’est arrivé mon père. Il était en fin de carrière et m’a proposé de créer une société à deux. Au début je ne comprenais rien et je ne conscientisais pas vraiment l’importance que tout ça avait. J’avais l’impression qu’avoir une entreprise allait brider ma créativité. Aujourd’hui j’ai compris que sans ça, ça n’aurait pas été possible d’en arriver où nous sommes aujourd’hui.  

On a donc créé la SPRL il y a 4 ans tous les deux. C’était toujours un hobby, une passion. On était tous les deux indépendants complémentaires et on gérait Tiroir de Lou sur le côté. Et puis le projet "nous a aspirés" comme le dit mon père. Les ventes augmentaient et je ne savais plus assumer tout toute seule. J’étais très sensible à la fabrication et à l’origine des produits, aux déchets, à la consommation de manière générale. A ce moment de ma vie, j’étais complètement en désaccord avec mon métier de journaliste, avec ce que je voyais. J’ai du beaucoup réfléchir. 

Puis, il y a 2 ans, j’ai décidé de partir en Italie pendant 4 mois pour apprendre les techniques de base de la bijouterie. J’ai commencé à manipuler le laiton, l’argent, j’ai appris à fondre, souder des pierres, polir. Je ne dormais pas tellement j’étais excitée ! Comme un enfant dans un magasin de bonbons. L’école ouvrait à 8h30 et les cours se terminaient à 16h. L’école restait ouverte jusque 19h, je restais jusqu’à la fermeture pour travailler. Je ne parvenais pas à rentrer le soir ! J’étais envahie. Je suis rentrée en Belgique après ces 4 mois et je suis retournée travailler chez Flair d’abord à 4/5, puis à mi-temps. Et du jour au lendemain, je ne suis plus allée travailler. Je me posais énormément de questions et un burn out m’a forcée à stopper et à réfléchir. J’ai pris 1 mois pour moi. Je n’ai pas travaillé. Je m’y suis remise doucement. En parallèle, mon père s’est organisé pour être pré-pensionné. Et en juillet 2016, on s’est retrouvés tous les deux à temps plein sur Tiroir de Lou. 

D’où vient le nom « Tiroir de Lou » ? 

C’est venu tout naturellement. Ce prénom représente exactement ce que je veux dégager à travers mes bijoux. De la rondeur (la forme des lettres), de la douceur (sonorité « ou »), du glamour (car Lou Doillon, la fille de Jane Birkin). Et je voulais un prénom court… C’est à la fois un beau prénom de femme et un joli prénom de femme-enfant espiègle… 

En quoi la fabrication est-elle importante ? 

La fabrication est très importante pour nous. Aujourd’hui par exemple, on ne travaille pratiquement qu’avec des personnes en Belgique. Notre imprimeur est à Woluwe, le doreur est à Anvers. Petit à petit on s’est rendu compte que c’était vraiment ce qui importait. Tiroir de Lou c’est véritablement de l’authentique, du fait main, du belge. Côté fabrication, tout est fait ici, dans mon atelier à Bruxelles. 

Il y a d’abord les amulettes, qui sont assemblées ici. Pour les amulettes, c’est comme pour un fleuriste qui compose un bouquet, ou un styliste. J’ai des éléments de différentes textures et j’en fait un ensemble joli et bien proportionné. Les pièces (anneaux, triangles, plumes, petites pierres, ) sont sélectionnées auprès de fournisseurs en Italie, au Portugal, à Paris, Barcelone, en Autriche. Il y a juste un fournisseur de pierres qui est situé à Djaipour. 

Ensuite il y a les pépites et tout vient d’ici. Je développe mes prototypes à partir de cire ou d’argent. Je dessine puis je fabrique le prototype. Quand je valide le modèle, j’en fais un moule en silicone, qui contient la cire du modèle. Comme en sculpture. Ensuite, on fixe toutes les pièces en cire sur un tronc qu’on plonge dans du plâtre. On chauffe ce plâtre de sorte que la cire fond et on y injecte alors de l’argent 925 qui vient prendre la place de la cire. Pour l’instant cette partie est réalisée chez un sous-traitant en Belgique car je n’ai pas le matériel pour le faire. Mais j’aimerais pouvoir le faire ici à l'avenir, c’est pour ça qu’on agrandit l’atelier. Ce sont des machines très chères donc ça prend du temps.

A ma table de travail, je fais les prototypes, parfois des alliances, je fais des expériences avec de la cire. Je suis très libre. Je crée mes modèles. Et puis surtout, on travaille les pièces qui reviennent de chez le fondeur. Il faut couper le canal, limer. Elles présentent beaucoup de petits défauts qu’il faut corriger avec des limes et des petits outils. Seulement quand la pièce est parfaite on passe au polissage et au nettoyage du bijou. Tout ça est fait ici dans mon atelier. Le poinçonnage est fait ici aussi. Pour les dorures c’est le même sous-traitant que pour la fonte. On a mis 3 ans à trouver un doreur dans lequel on a confiance. Les pièces sont garanties 2 ans. On aimerait aussi faire la dorure chez nous mais de nouveau c’est une étape qui coûte très cher et c’est un métier à part entière. En bijouterie chaque étape est un métier en soi. 

Où en est Tiroir de Lou aujourd’hui ? 

On est dans l’étape de la professionnalisation. Jusque là on bricolait. Ca a fonctionné un temps mais à un moment il faut utiliser les outils indispensables comme une vraie stratégie de communication, y mettre des budgets. Pour l’instant nous sommes présents dans une trentaine de boutiques en Belgique francophone. On voudrait développer le marché en France. Ce que je veux aussi développer plus fortement c’est le storytelling. C’est de pouvoir parler du projet. Expliquer les déboires et les succès. Inviter les personnes dans notre entreprise, notre univers. Je veux montrer les coulisses. 

Combien de personnes sont aujourd’hui dans l’équipe ? 

Aujourd’hui nous sommes 5. Mon père et moi et 3 personnes à 4/5, tous en formation en bijouterie. Nora, Marie et Anthony. Ils ont tous des profils différents et des responsabilités différentes. Ils font des bijoux, du service client, des expéditions, de la communication. Ils ont entre 22 et 25 ans. 

Tu travailles avec ton père, comment cela se passe-t-il au quotidien ?  

C’est chouette. C’est rassurant aussi. Ce qui est difficile à gérer c’est le fait qu’on soit plus irritables. Il y a des comportements pour lesquels on a moins de tolérance envers l'autre. Au final on ne se connaissait pas vraiment, c’est tout un apprentissage. C’est surtout une question de personnalité. Cela peut rester sain si le dialogue est ouvert, il faut parler. Et ne pas oublier de célébrer les victoires ! 

Comment tu gères tout ça ? 

Mon amoureux se moque de moi parce que je fais de la méditation, de la marche, je respire. Mais je bois du vin aussi (rires). Je ne travaille plus le soir et le weekend, je dois me l’interdire. Personne ne nait pour être entrepreneur, ça s’apprend. La gestion du stress ça s’apprend aussi. 

Un journée type ? 

Je fais 18000 choses en même temps et je suis sur tous les fronts. Je dois gérer l’équipe, ce qu’ils produisent. Je fais confiance mais je vérifie. Je dois gérer les créations, rester sur la vague mais aussi réfléchir et avoir des temps de pose. Il faut aussi se dégager de l’espace, c’est pour ça qu’on déménage. J’ai besoin d’un espace calme. Je m’occupe aussi de la stratégie de communication, des photos et puis il y a l’opérationnel, les commandes des pièces, les fournisseurs. 

Quels sont les projets pour le futur ? 

J’ai un vision board. Dedans, il y a beaucoup de mains. Des mains qui travaillent la terre, la pâte. Beaucoup d’amour et d’amitié. Je pense aussi à construire une famille et à comment orchestrer tout ça. Sur le plan pro, je voudrais m’affirmer dans ma position: perdre le syndrome de l’imposteur bien qu’il soit un peu moins présent qu’avant. Dans 10 ans je me vois voyager avec Tiroir de Lou. Je crois que je vais avoir besoin de garder de l’aventure dans le projet, je vais devoir le faire grandir. Je me vois voyager pour développer des collections. En tous cas je veux continuer à ne pas me perdre malgré la croissance que je souhaite. Mon but n’est pas de m’en mettre plein les fouilles mais de créer de l’emploi et d’assurer du confort pour ma famille dans une échelle humaine et garder cet équilibre. Je veux prendre confiance en moi dans mon métier. Et plus tard, je voudrais inspirer des jeunes de 25 ans et leur donner le feu sacré. Ce truc qui fait que t’es fatigué mais tu continues.  

Finalement c’est seulement aujourd’hui que je peu me dire « bien joué ». Parce que derrière il y a tout le travail, le temps passé et la passion du métier.